INTERVIEW SUR LE SAMU

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Spécialiste des urgences, nommé à la tête du Service d’assistance médicale d’urgence (Samu), le Pr Mamadou Diarrah Bèye se veut optimiste. Dans un pays où l’urgence est un réel problème à tel point que les gens ne cessent de s’en plaindre, lui préfère voir le bon côté des choses et surtout les promesses d’un lendemain meilleur. Ce qui ne l'empêche pas de faire une analyse lucide de la situation.

 

Dans quel cas vous faites appel aux Sapeurs et quand est-ce qu’ils font appel à vous ?

Nous ne faisons pas appel réellement aux sapeurs, sauf de temps en temps quand on nous appelle pour un incendie ou des éléments qui relèvent de l’activité des sapeurs et qu’on les appelle pour qu’ils y aillent. Il y a une très longue tradition des sapeurs. Quand il y a accident, c’est eux qu’on appelle. Donc ce qui se passe souvent, c’est que quand les sapeurs arrivent en cas d’accident et qu’il s’agit d’un réel problème de réanimation, ils peuvent nous appeler et nous les rejoignons pour essayer de médicaliser et d’assurer des gestes de réanimation.

Mais le plus souvent, ce sont des accidents bénins. Ils nous appellent pour que nous avertissions les hôpitaux pour que l’accueil soit mieux organisé. C’est à peu près les termes de cette collaboration. Ailleurs dans les grands rassemblements comme le Magal, le Gamou, le pèlerinage de Popenguine et tous les grands évènements, on fait une régulation commune et on essaie de mettre à contribution nos moyens pour mieux gérer, mieux mailler le territoire national.

Dans le document stratégique 2014/2017, il est dénoncé la dotation en ambulances des structures de santé. Est-ce à dire qu’à termes, c’est le Samu qui doit s’occuper exclusivement du transfert des malades ?

In fine, c’est là où on va aller. Normalement, quand nos structures hospitalières seront vraiment dotées en moyens, en infrastructures, en spécialistes, normalement un hôpital ne doit pas évacuer, il doit recevoir. Pour l’instant, ce n’est pas encore possible puisque le Samu n’est qu’à Dakar. Si on voit les hôpitaux de Dakar, quasiment, ils n’ont pas besoin d’ambulance.

En périphérie, ce n’est pas encore le cas. Mais quand ces structures vont monter en puissance avec de bons services d’accueil des urgences, des services de réanimation de qualité, elles n’auront plus besoin d’ambulance. Et le Samu aura un autre  développement à faire. C’est la décentralisation à faire dans les régions et dans ce cas, tous les transferts pourront être centralisés par le Samu et l’accueil dans les différentes structures, la référence contre référence sera mieux organisée.

A vous écouter, on comprend que les hôpitaux n’ont pas de service d’urgence ou alors il y a peu de moyens avec un nombre de lits limités ?

Il y a beaucoup d’avancée depuis un certains temps. Si on voit la situation maintenant et la situation d’il y a cinq ans, c’est totalement différent. La capacité reste faible cependant.

Pendant longtemps, les gens ne se sont pas rendus compte que les urgences occupaient une place importante. Et c’est là maintenant qu’il faut monter en puissance dans l’équipement de ces centres de services d’accueil en urgence. Mais l’équipement ne suffit pas.

Il faut également former beaucoup d’urgentistes pour que ces services montent en puissance du point de vue expertise.

Le lit d’urgence par contre, c’est un terme à la limite qu’on n’aime pas, parce qu’un service d’accueil des urgences est un service de passage. Ce ne sont pas des lits. Normalement ce sont des chariots qui doivent être là. Le malade arrive et on règle son problème. Soit il sort, soit il va dans un service qui est en amont, un service d’hospitalisation. Donc on ne doit pas raisonner en termes de lits mais raisonner en termes de flux ; et c’est ça qu’on est en train de faire pour que ces services fonctionnent en termes de flux. Un service peut avoir dix lits et traiter mille patients par jour. 

Dans vos différentes sorties médiatiques, vous sous-estimez ce que le patient qui fait appel à Samu paye, mais vous ne nous dites pas   c’est combien ?

Je vais être clair. Je vais prendre l’exemple de la France. Là-bas, un Smur, c’est-à-dire une ambulance médicalisée de Samu qui sort, c’est minimum 1000 euros. Parce que c’est comme une hospitalisation en réanimation. Une hospitalisation en réanimation en France ou ailleurs, c’est minimum 3000 euros. Ici, on n’a pas ces moyens-là. C’est pourquoi d’ailleurs le problème se pose. Ce qu’on dépense sur les patients est beaucoup plus cher que ce qu’ils payent.

Nous avons fait un forfait et effectivement on ne s’en sort pas du tout. Il va falloir que l’Etat nous appuie, qu’on nous trouve également d’autres moyens de financements. Une sortie d’une ambulance de Samu à domicile, quelle que soit la pathologie, c’est à 15 000 F Cfa. Ce n’est même pas le prix des médicaments administrés. Il faut savoir qu’aucun médicament d’urgence n’est prescrit, tout est donné par le Samu.

A la limite pour une sortie, on ne facture même pas à 20% de ce que nous dépensons. Normalement, on ne peut pas faire une sortie Smur à moins de 250 000 F. mais il faut voir que nous sommes dans un pays sous-développé. Il faut faire avec ces moyens et trouver des stratagèmes capables de financer ces activités parce que les populations en ont besoin.